D'accord, je vais rédiger cet article selon vos instructions précises. Je vais adopter le ton et le style demandés, avec l'expérience et la perspective de Maître Liu. ***

Développement autonome et substitution aux importations des politiques industrielles chinoises dans le domaine des logiciels industriels

**Introduction** Vous savez, en plus de 25 ans de carrière, j’ai vu défiler pas mal de modes et de tendances dans l’industrie. Mais ce qui se passe aujourd’hui avec les logiciels industriels, c’est d’une toute autre ampleur. On ne parle plus seulement d’un nouveau gadget ou d’une mise à jour mineure. On parle d’un vrai basculement stratégique. La Chine, sous l’impulsion de politiques industrielles très volontaristes, a décidé de ne plus dépendre des mastodontes étrangers pour les logiciels qui font tourner ses usines, ses chaînes de conception et ses systèmes de production. C’est ce qu’on appelle le « développement autonome » et la « substitution aux importations ». Un sujet qui, croyez-moi, fait grincer des dents dans certaines tours de contrôle à l’Ouest, mais qui est une nécessité vitale pour l’avenir industriel du pays. Pour un investisseur averti, comprendre cette dynamique, ce n’est pas juste de la curiosité intellectuelle. C’est détecter où se trouvent les prochains champions technologiques et les potentiels goulets d’étranglement. Les logiciels industriels, de la CAO (Conception Assistée par Ordinateur) à la FAO (Fabrication Assistée par Ordinateur) en passant par la PLM (Gestion du Cycle de Vie du Produit), ce sont les « cerveaux » de l’usine 4.0. Pendant des décennies, ce marché a été le quasi-monopole de quelques géants, principalement américains et allemands. Dassault Systèmes, Siemens, PTC, Autodesk… des noms qui sonnent comme des institutions. Mais les choses changent, et vite. L’embargo technologique, vous l’avez vu, a servi d’accélérateur de particules. Il a rendu tangible le risque de se retrouver le bec dans l’eau si le flux de licences venait à être coupé. Je vais donc vous emmener dans les coulisses de cette transformation. On va parler des politiques, des petits pas des entreprises, des vrais défis et des opportunités cachées. Et je vous promets, je vais essayer d’éviter le jargon trop pompeux. On reste entre professionnels.

La politique comme moteur principal


Le premier aspect, et pas le moins important, c’est le cadre politique. Le gouvernement chinois n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il ne s’agit pas de simples « encouragements ». On parle de directives claires, de fonds dédiés, et d’un système de « notation » qui pousse les entreprises d’État et les grands groupes industriels à prioriser le « made in China » dans leurs achats de logiciels. Le plan « Made in China 2025 » était la première pierre, mais les choses se sont considérablement accélérées avec le 14e Plan Quinquennal (2021-2025), qui mentionne explicitement les logiciels industriels comme un maillon faible à consolider. Pour être tout à fait franc, l’objectif affiché est d’atteindre un taux d’autosuffisance de plus de 50% dans les secteurs critiques d’ici 2025, un chiffre qui semble presque irréaliste vu le point de départ, mais qui montre l’ambition.

Concrètement, comment ça se traduit ? Il y a d’abord des subventions directes pour les éditeurs de logiciels nationaux. On leur donne des moyens pour embaucher, pour faire de la R&D, pour racheter des concurrents. Ensuite, il y a tout un système de « listes blanches » et de « listes noires » de technologies. Les entreprises qui investissent dans des logiciels chinois bénéficient d’avantages fiscaux non négligeables. J’ai un client, une grosse boîte d’équipementiers, qui a pu déduire quasiment 40% de son investissement dans un logiciel de simulation chinois l’année dernière. Ce genre de mesure, ça change la donne. Certains diront que c’est du protectionnisme, et ils n’auront pas complètement tort. Mais du point de vue de la souveraineté industrielle, c’est une stratégie parfaitement logique.

Il faut aussi noter que l’approche n’est pas uniforme. Pour les systèmes haut de gamme, comme la CAO multi-physique ou l’EDA (Electronic Design Automation) pour les puces avancées, on sait que le rattrapage sera long et douloureux. La politique mise donc sur des niches : les secteurs où l’offre étrangère est moins verrouillée, comme certains logiciels de gestion de production pour l’industrie légère. C’est une guerre d’usure, étape par étape. On prend d’abord ce qui est facile, puis on monte en gamme. C’est un peu comme dans les jeux vidéo, il faut farmer les premiers niveaux avant de pouvoir affronter le boss final.

Les défis de l'écosystème technique


Bon, soyons honnêtes, si c’était si simple, ça se saurait. Le plus gros défi, et je l’ai vu de près, c’est l’écosystème. Ce n’est pas suffisant d’avoir un logiciel qui « marche ». Un logiciel industriel, c’est une plateforme. Autour de la CAO de Dassault ou de Siemens, il y a des milliers de plug-ins, des bibliothèques de composants, des formats de fichiers standards (même si propriétaires), des experts qui connaissent le logiciel sur le bout des doigts. C’est ça, l’écosystème. Et c’est ça qui manque cruellement aux solutions chinoises. J’ai discuté il y a deux ans avec un ingénieur chez une PME de moules à injection. Il m’a dit : « Maître Liu, le logiciel chinois fait le boulot, mais quand j’ai un problème avec une géométrie complexe, je trouve la solution en 5 minutes sur un forum international pour mon vieux logiciel. Pour le nouveau, je dois appeler le support technique et attendre 3 jours. »

Et puis, il y a la question de la fiabilité et de la maturité. Prenons le domaine de l’IAO (Ingénierie Assistée par Ordinateur) pour la simulation de crashs en automobile. Les constructeurs chinois utilisent encore massivement les solveurs américains LSTC (LS-DYNA) car ils ont été validés pendant 30 ans sur des milliers de crashs réels. La confiance ne se décrète pas, elle se gagne par des années de tests et de retours d’expérience. Un logiciel chinois, même techniquement bon, n’a tout simplement pas encore ce passif. Le coût de l’erreur est trop élevé. Une mauvaise simulation, et c’est une ligne de production entière qui peut être retardée. Les directeurs techniques sont prudents, et ils ont raison.

De plus, le passage à l’échelle est un problème. Les usines chinoises sont souvent gigantesques. J’ai visité des sites de production de batteries qui sont aussi grands qu’une petite ville. Manager les données, les flux, les modifications en temps réel sur une telle échelle, c’est un cauchemar logiciel. Les solutions étrangères ont mis 20 ans à optimiser leurs bases de données et leurs architectures pour ça. Les start-ups chinoises, elles, doivent le faire en 5 ans. C’est là où le bât blesse. On voit de plus en plus de cas de « big data » mais de « small insights », où le logiciel rame ou plante sous la charge. C’est frustrant, mais c’est le chemin de l’apprentissage.

Le cas concret de la « Sud-Coréanisation »


Quand on parle de substitution aux importations dans les logiciels, un modèle revient souvent : la Corée du Sud. Pendant la crise asiatique de 1997, la Corée a lancé un plan massif pour remplacer les logiciels étrangers. C’est un peu notre boussole. Ils ont créé des champions nationaux comme PTC Korea (qui est devenu indépendant) ou des solutions locales pour le textile, après avoir été étranglés par des licences trop chères. Mais ce qu’on oublie, c’est que ça leur a pris 15 à 20 ans pour que leurs logiciels soient compétitifs à tous les niveaux. Et encore, dans certains secteurs de pointe comme l’aérospatiale, ils utilisent encore de l’import.

J’ai eu l’occasion de travailler avec un bureau d’études chinois qui fabrique des pièces pour un avionneur européen. Ils étaient sous pression pour adopter un logiciel de simulation chinois. Le problème ? Le logiciel ne supportait pas correctement les normes de certification aéronautique internationales (comme la DO-178C pour le logiciel embarqué). Ils ont dû garder leur logiciel américain pour la certification et utiliser le chinois pour la pré-étude. C’est un surcoût énorme. La leçon, c’est que la substitution n’est pas binaire. On ne passe pas juste d’un interrupteur à l’autre. On fait du « multi-source », ce qui augmente la complexité administrative et technique. C’est un peu comme un commercial qui doit gérer cinq tableurs différents pour faire son reporting. C’est faisable, mais pas optimal.

La pénurie de talents spécialisés


Ah, le nerf de la guerre : les gens. On manque cruellement de seniors en génie logiciel spécialisés dans les algorithmes métier. Former un bon développeur de solveur d’éléments finis, ce n’est pas comme former un développeur d’appli mobile. Il faut des années de physique appliquée, de mathématiques avancées et d’optimisation de code. Les universités chinoises forment beaucoup de monde en « informatique », mais très peu en « calcul scientifique ». Ce déséquilibre est un frein majeur.

Et puis, il y a le problème de la « fuite des cerveaux » interne. Les meilleurs ingénieurs chinois, ceux qui ont de l’expérience chez Dassault ou Siemens, ils sont très courtisés par les jeunes pousses. Mais ces dernières leur offrent des actions ou des salaires élevés, mais dans un environnement stressant et avec des délais impossibles. Beaucoup de ces talents finissent par retourner dans les grands groupes étrangers, ou pire, ils sont recrutés par des entreprises comme Huawei qui les utilisent pour du hardware-car, la voiture autonome, un secteur qui paie encore mieux. C’est un cercle vicieux.

Lors d’un séminaire industriel à Shenzhen l’année dernière, j’entendais un patron de start-up se plaindre : « Je recrute un docteur en mathématiques pour 100 000 euros par an. Il reste 18 mois, puis il part chez un concurrent avec une augmentation de 30%. Le logiciel n’est jamais stable. » C’est un vrai problème de gestion et de rétention. Il ne suffit pas d’avoir l’argent; il faut créer une culture d’entreprise stable, ce qui est plus difficile dans un environnement hyper-compétitif. On sous-estime ce facteur humain.

Les stratégies de contournement des API


Un aspect que peu de gens voient, c’est la guerre des formats et des interfaces (API). Les logiciels étrangers ont des API bien documentées, mais ils évoluent vite. Les développeurs chinois doivent constamment rattraper leur retard pour que leurs logiciels puissent « parler » avec les outils étrangers installés chez leurs clients. C’est une course poursuite épuisante. J’ai un ami dans une société de services qui nous aidait à faire de l’interopérabilité entre un logiciel de FAO chinois et un ERP allemand. Chaque mise à jour de l’ERP allemand cassait le connecteur. On y passait des nuits entières.

Du coup, une nouvelle stratégie émerge : le « software as a service » (SaaS) pur et dur sur le cloud. L’idée, c’est de ne pas se battre sur le terrain du client avec des API locales. On propose une solution complète « tout-en-un » en ligne, où l’utilisateur n’a pas besoin de s’interfacer avec l’ancien monde. C’est une approche risquée pour les clients qui ont des données sensibles (propriété intellectuelle), mais très attractive pour les PME qui veulent un outil clé en main. Je vois de plus en plus d’entreprises d’État héberger ces solutions sur leurs propres clouds privés pour contourner le problème de la sécurité. C’est un changement de paradigme : on ne remplace pas un logiciel, on remplace tout un environnement de travail.

Un cas : une usine de composants électroniques à Suzhou. Ils utilisaient un logiciel de gestion de production américain très lourd. Ils ont migré vers une solution cloud chinoise. Le PDG m’a dit : « Le logiciel chinois est moins puissant, mais il est 30% moins cher et je peux le déployer dans mes trois usines en une semaine. » C’est ce genre de compromis « good enough » qui va gagner des parts de marché. La perfection est l’ennemie du bien, surtout quand le bien est 30% moins cher.

Le piège de la normalisation et des standards


Un dernier point crucial, et c’est là que je vois un gros risque politique. La Chine tente de pousser ses propres normes nationales (GB) pour les formats et les protocoles de logiciels industriels. C’est logique : si on a les normes, on a un avantage concurrentiel. Mais le problème, c’est que l’industrie manufacturière chinoise est extrêmement intégrée dans les chaînes de valeur mondiales. Si vous imposez une norme chinoise de fichier CAO, vous coupez immédiatement la communication avec le bureau d’études en Allemagne ou au Japon.

J’ai vu le cas d’un grand constructeur automobile chinois qui a voulu imposer un format de fichier chinois à ses fournisseurs étrangers. Résultat : les fournisseurs ont refusé, citant des problèmes de propriété intellectuelle et de compatibilité. Le constructeur a dû faire marche arrière et maintenir un système de traduction de fichiers, ce qui a créé des erreurs de conversion. « On a perdu six mois et des millions », m’a confié un manager. Forcer la norme, c’est bien, mais il faut que le marché soit prêt à l’accepter. Une normalisation trop rapide peut tuer l’innovation et isoler l’industrie chinoise. Il faut un équilibre subtil entre souveraineté et interopérabilité.

À mon sens, la bonne stratégie n’est pas de créer des îlots, mais de devenir un acteur incontournable dans la normalisation internationale. Placer des experts chinois dans les comités de l’ISO, proposer des extensions de formats existants (comme le STEP) qui prennent en compte les besoins spécifiques de l’industrie chinoise. C’est plus lent, mais plus durable. C’est comme en fiscalité : on peut inventer des règles, mais si personne ne les applique, elles ne servent à rien. Il faut convaincre, pas juste décréter.

L'émergence des plateformes low-code/no-code


Un phénomène récent et intéressant est l’essor des plateformes « low-code » et « no-code » pour les applications industrielles. Ces outils permettent aux ingénieurs métier de créer leurs propres petites applications sans écrire de code. C’est une alternative aux grands logiciels lourds. Plutôt que de remplacer un ERP, on créé une mini-application pour le suivi des réparations. C’est un marché de niche, mais qui explose en Chine.

Pourquoi c’est important ? Parce que ces plateformes sont souvent chinoises. Elles sont nées dans un contexte où la flexibilité prime sur la robustesse. Une PME chinoise peut en une journée construire une application pour gérer ses stocks de vis et de boulons. C’est une forme de « développement autonome » à très petite échelle, mais qui, cumulée, crée un écosystème. J’ai un client qui a automatisé son suivi de production avec un outil no-code chinois. Il m’a dit : « Avant, j’avais Excel. Maintenant, j’ai une appli. C’est pas parfait, mais ça marche. » Cet esprit de débrouillardise est très ancré.

Cependant, attention à l’effet « usine à gaz ». Si tout le monde créé sa propre appli, on se retrouve avec une pléthore de solutions non interconnectées, générant un nouvel enfer de données. Le vrai défi pour l’avenir, c’est de savoir comment ces plateformes low-code vont s’intégrer (ou non) dans les architectures informatiques des grandes entreprises. Va-t-on vers une standardisation basée sur une petite plateforme chinoise ? C’est une piste intéressante pour les investisseurs : chercher les start-ups qui offrent le meilleur équilibre entre simplicité et capacité d’intégration. **Conclusion** En résumé, le parcours de la Chine vers l’autonomie dans les logiciels industriels est une course de fond, pas un sprint. Les politiques sont là, l’argent est là, mais les obstacles techniques, humains et d’écosystème sont immenses. On avance, mais par à-coups. Pour un investisseur, ce n’est pas un marché uniforme. Il faut regarder les niches : les logiciels de gestion pour les chaînes d’approvisionnement locales, les outils de simulation « good enough », les plateformes SaaS cloud, et les fournisseurs de services d’intégration. Le plus grand risque, à mon avis, est de sous-estimer la difficulté technique et la puissance des écosystèmes établis. Je pense que la véritable révolution ne viendra pas d’un seul logiciel, mais de la combinaison de la donnée industrielle chinoise (massive) et de l’intelligence artificielle. Imaginez un logiciel qui apprend de 10 000 usines chinoises et qui peut prédire les pannes mieux que n’importe quel outil étranger. C’est sur cette promesse que les acteurs chinois doivent jouer. La « substitution aux importations » n’est qu’un début ; la vraie victoire, ce serait de redéfinir les règles du jeu. **Regard de Jiaxi Fiscal et Comptabilité sur l'avenir** Chez Jiaxi, nous observons cette transition avec un intérêt tout particulier. En accompagnant des entreprises étrangères et locales dans leurs démarches d’enregistrement et de mise en conformité, nous voyons concrètement comment ces politiques impactent les stratégies d’investissement. La substitution aux importations dans les logiciels industriels n'est pas qu'une question de technologie ; c'est aussi une question de propriété intellectuelle et de gouvernance des données. Nos clients nous demandent souvent comment structurer leurs filiales pour bénéficier des avantages fiscaux liés à la R&D tout en protégeant leurs algorithmes. Nous anticipons que les prochaines années verront émerger des consortiums entre éditeurs de logiciels chinois et constructeurs automobiles ou d'électronique, créant des plateformes verticales extrêmement puissantes. Notre rôle est d'aider nos clients à naviguer dans ces eaux nouvelles, en s'assurant que leurs structures juridiques et fiscales soient suffisamment agiles pour capter ces opportunités, tout en respectant les réglementations sur les données. La clé pour les investisseurs étrangers sera de trouver le bon partenaire chinois, pas pour remplacer un logiciel, mais pour co-créer la prochaine génération d'outils industriels. Et c'est là que notre connaissance des procédures administratives et de l'écosystème local apporte une vraie valeur ajoutée.