### Perspectives d'application de la technologie blockchain dans la transformation numérique financière #### Introduction : Quand la blockchain cesse d'être un simple mot à la mode Mesdames et Messieurs les professionnels de l'investissement, permettez-moi d'ouvrir cette réflexion par une question qui me taraude depuis quelques années : avez-vous réellement observé une application de la blockchain qui dépasse le cadre de la spéculation sur les actifs numériques ? Je suis Maître Liu, en poste chez Jiaxi Fiscal et Comptabilité depuis douze ans, dont quatorze ans passés à accompagner des entreprises étrangères dans leurs procédures d'enregistrement et de conformité. J'ai vu défiler des montagnes de paperasses, des tampons encreurs et des processus de validation qui semblent sortir d'un autre siècle. Alors, quand un dirigeant d'une société fintech nous présente un projet basé sur la "technologie des registres distribués", je suis à la fois intrigué et sceptique. La transformation numérique financière n'est plus une option, c'est une question de survie. Mais où la blockchain s'insère-t-elle réellement dans ce tableau ? Cet article n'a pas vocation à vanter les mérites d'une technologie miracle, mais plutôt à confronter les promesses théoriques aux réalités pratiques du terrain, en particulier celles que nous observons dans les cabinets de conseil et les procédures administratives. Nous explorerons ensemble, de manière pragmatique, les perspectives d'application de cette technologie dans la finance moderne, sans langue de bois, et avec le recul de quelqu'un qui a dû expliquer à des clients pourquoi leur dossier de création de société était bloqué au niveau de la validation bancaire. #### 一、 优化跨境支付结算体系 Le premier axe d'application, et non des moindres, concerne la refonte des systèmes de paiement transfrontaliers. Aujourd'hui, un paiement international standard entre une maison mère à Singapour et sa filiale à Lyon peut prendre de deux à cinq jours ouvrés. Les correspondants bancaires intermédiaires, les fenêtres de traitement horaires, les différences de fuseaux, tout cela crée une latence qui pèse lourdement sur la trésorerie des entreprises. La blockchain, en proposant un registre partagé et quasi instantané, pourrait réduire ce délai à quelques secondes, voire quelques minutes. J'ai personnellement accompagné une entreprise japonaise qui devait financer sa filiale française en urgence pour une acquisition. Le problème ne se limite pas à la vitesse. Les frais de transaction sur les corridors non conventionnels peuvent atteindre 7 à 10 % du montant pour les petites sommes. Avec une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) adossée à une infrastructure blockchain, ces frais pourraient être réduits à une fraction de ce montant. Des acteurs comme Ripple ou la plateforme We.Trade (portée par IBM) l'ont démontré techniquement. Mais en tant que praticien, je vois un autre bénéfice souvent négligé : la traçabilité. Chaque transaction étant horodatée et immutable, les services de conformité des banques n'auraient plus besoin de réclamer des attestations bancaires interminables. Nous pourrions enfin clôturer un audit financier en deux semaines au lieu de trois mois. Cependant, il serait naïf d'ignorer les obstacles réglementaires. Le dispositif MiCA (Markets in Crypto-Assets) européen, bien qu'avancé, n'est pas encore pleinement opérationnel dans toutes les juridictions. Et que dire des normes Bâle III qui exigent des ratios de liquidité difficilement compatibles avec la volatilité de certains stablecoins ? Mon expérience dans l'enregistrement des sociétés de paiement me montre que les autorités, comme l'ACPR en France, sont plus enclines à accepter une solution privée sous licence qu'un système ouvert type Bitcoin. Malgré tout, l'incitation économique est telle que les consortiums bancaires, comme celui mené par SWIFT avec ses essais de paiements DLT, vont accélérer le mouvement. La question n'est plus de savoir *si* cela arrivera, mais *quand* les régulateurs signeront des accords bilatéraux pour reconnaître ces transactions comme ayant force de loi en matière de preuve. #### 二、 重构资产登记与转移流程 Abordons maintenant un domaine où je me sens particulièrement concerné : la gestion du cycle de vie des titres financiers, qu'il s'agisse d'actions, d'obligations ou de parts de fonds. Actuellement, la chaine de détention est un empilement d'intermédiaires : teneurs de compte, conservateurs centraux, dépositaires... Chaque maillon génère des frais et des délais dans le traitement des instructions de virement. La technologie blockchain veut supprimer ces maillons en créant un registre unique où chaque investisseur est directement propriétaire de ses titres via une clé cryptographique. J'ai été consulté récemment par une société de gestion luxembourgeoise qui cherchait à tokeniser un fonds immobilier destiné à des investisseurs asiatiques. Le processus traditionnel de souscription – avec ses certificats papier, ses signatures notariées proxy et ses vérifications KYC multiples – aurait pris huit semaines. Grâce à un token non fongible (NFT) représentant la part du fonds sur une blockchain privée, le délai est tombé à cinq jours ouvrés. C'est une révolution pour la liquidité des actifs non cotés. Mais attention, je ne parle pas ici de simples jetons spéculatifs. Les obligations code ISIN comme celles émises par la Banque Européenne d'Investissement sur la blockchain de la Bourse de Luxembourg sont des exemples probants. Ce que je trouve profondément intéressant, en tant que professionnel des procédures d'enregistrement, c'est la possibilité de fusionner le registre des titres avec le registre du commerce électronique. Imaginons que les cessions de parts de SARL soient enregistrées directement sur une blockchain autorisée, avec un lien cryptographique vers le RCS (Registre du Commerce et des Sociétés). Cela éliminerait d'un coup les délais de carence pour l'opposition des créanciers et les risques de double cession. Nous avons, en France, un formalisme juridique lourd pour protéger les parties. La blockchain peut offrir une preuve d'antériorité indiscutable sans pour autant court-circuiter le notaire. Le tout est de concevoir des "smart contracts" qui intègrent les règles du Code monétaire et financier. C'est un chantier de droit comparé immense, mais les bénéfices pour les investisseurs internationaux sont colossaux. #### 三、 强化供应链金融透明度 La troisième perspective m'est chère car elle lie la finance au commerce réel. Le financement de la chaîne d'approvisionnement (Supply Chain Finance) souffre cruellement d'une asymétrie d'information. Les PME fournisseurs de grands donneurs d'ordres ont des difficultés à obtenir des lignes de crédit, car leurs créances ne sont pas toujours vérifiables en temps réel. Les banques exigent des factures certifiées, des bons de livraison signés. Et quand l'entreprise est en Chine ou au Brésil, la vérification devient un cauchemar administratif. C'est ici que mes 14 ans d'expérience dans les procédures d'enregistrement me reviennent. J'ai vu des clients étrangers réaliser des affacturages désastreux faute de preuves tangibles. Une blockchain dédiée à la gestion des factures, où chaque bonne de commande, chaque bon de livraison et chaque réception de marchandise est horodatée par les trois parties (acheteur, vendeur, transporteur), change la donne. Le financeur n'a plus besoin de faire confiance à un document papier : il examine le flux inscrit dans le registre. Ce n'est plus de la confiance mutuelle, mais de la *preuve algorithmique*. Prenons l'exemple de la plateforme Marco Polo ou Contour. Elles permettent de débloquer des fonds dès l'émission de la facture, car le risque de litige est réduit. Des études de l'OCDE suggèrent qu'une telle transparence pourrait réduire les taux d'intérêt du financement de filières de 2 à 3 points de pourcentage pour les PME. À l'échelle d'un groupe international, cela représente des millions d'économies. Néanmoins, il faut que les ERP (Enterprise Resource Planning) se connectent à ces registres. Les éditeurs comme SAP ou Oracle commencent à le faire. C'est là que les cabinets comptables comme le nôtre jouent un rôle de traducteur : nous devons aider les directions financières à archiver ces preuves numériques sur des supporteurs long terme, en évitant le piège de la perte de clés privées. Un sujet bien trop sous-estimé. #### 四、 革新中国中小企业融资 Maintenant, parlons de l'écosystème asiatique, et plus particulièrement de la Chine. Les PME chinoises souffrent traditionnellement d'un problème d'accès au crédit bancaire. La plupart de ces entreprises sont des sociétés à responsabilité limitée avec une tenue de comptabilité parfois opaque. Les banques d'État exigent des garanties immobilières solides. La blockchain, combinée à l'Internet des objets (IoT), offre une piste séduisante : le financement sur actifs réels. J'ai récemment supervisé l'installation d'une filiale chinoise pour un client français fabricant de machines-outils. La difficulté était de faire accepter un contrat de location-financement sur des équipements dont la valeur résiduelle est difficile à prouver. Les banques françaises refusaient le risque, les banques chinoises exigeaient un dépôt de garantie de 50%. En intégrant un programme de l'administration fiscale chinoise sur les factures électroniques () dématérialisées, couplé à un registre blockchain du mouvement des machines, nous avons pu fournir une preuve de possession continue et de valeur. C'est un peu notre travail de fournir des "preuves probantes" dans ces interstices. Ce qui est remarquable, c'est la capacité de la blockchain à "mutualiser les informations de risque" entre plusieurs banques sans contrevenir aux lois sur la privacy. Un mécanisme que nous appelons "proof of confidentiality". Les banques peuvent vérifier le taux d'endettement sans voir les soldes exacts. Une symétrie parfaite. Ceci pourrait atténuer le phénomène bien connu de la "double hypothèque" sur les stocks en entrepôt, qui cause encore des fraudes massives et des créances douteuses. Pour vous donner un chiffre, le crédit-bail en Chine représente environ 500 milliards d'euros de valeur. Si même 5% de ce marché passe par une infrastructure blockchain, cela représente un gain net de risque de plusieurs milliards d'euros pour les assureurs-crédit. #### 五、 重塑数字身份与KYC合规 Penchons-nous sur une question que je connais par cœur : l'identification client (KYC). Dans les cabinets fiscaux, nous remplissons des centaines de dossiers avec des attestations d'identité, des justificatifs de domicile, des certificats de résidence fiscale. Chaque banque réclame les mêmes documents, certifiés récemment. C'est un gâchis monumental. La blockchain offre la possibilité de créer une identité auto-souveraine (Self-Sovereign Identity) où l'utilisateur possède ses données et n'émet des preuves (claims) qu'au cas par cas via des signatures Zero-Knowledge. Imaginons une entreprise étrangère qui veut ouvrir un compte en France. Au lieu de faxer un extrait de registre des bénéficiaires effectifs, elle pourrait donner accès à un "garde-temps" numérique vérifiable sur la blockchain publique. La banque vérifierait la signature du registre national sans voir les autres données. En tant qu'ancien gestionnaire de dossiers d'immatriculation, je trouve cela d'une élégance rare. Cela raccourcirait le délai d'ouverture de compte de 15 jours à 48 heures. C'est ce que font des startups comme Kilt Protocol ou la solution IDnow. Cependant, les autorités françaises et l'ACPR adorent le principe de "proportionnalité" : plus le risque est élevé, plus les vérifications sont intrusives. Une blockchain privée ne vous protège pas d'une demande de conformité ciblée. C'est pourquoi je conseille de coupler ces techniques avec une conservation de documents physiques horodatés. C'est une vision un peu hybride, mais pragmatique. Les directions juridiques sont rassurées de savoir qu'en cas de litige, les preuves extra-chain restent disponibles. Le rôle du commissaire aux comptes évoluera vers celui d'"auditeur de preuves numériques" : c'est plus intéressant que de cocher des cases, et beaucoup moins ennuyeux. #### 六、 促进智能合约的合规化 L'aspect le plus mystérieux pour nombre de mes collègues est le contrat intelligent. Un "smart contract" exécute automatiquement les termes d'un accord sans intervention humaine. Dans la transformation numérique financière, cela ouvre la voie aux paiements conditionnels. Par exemple, des obligations qui paient automatiquement du coupon lorsque le ratio de fonds propres franchit un seuil stipulé dans l'acte. C'est un peu plus complexe qu'une simple requête SQL dans un système de gestion installée chez Jiaxi. Pourtant, il faut aborder ce sujet avec lucidité. J'ai vu un projet où une plateforme de financement participatif immobilière voulait automatiser le reverse des fonds aux investisseurs en cas de délai de livraison dépassé. Le smart contract devait interroger le registre de la mairie pour savoir si le certificat de conformité était émis. C'est là que la dimension légale m'a sauté aux yeux : un smart contract n'est pas un contrat au sens du Code civil. Il manque la notion de consentement éclairé et de clause de sauvegarde. En 2022, un arrêt de la Cour de cassation a rappelé que la seule exécution d'un code ne peut pas contourner l'ordre public. Pour 2024, je pense que les avocats vont développer des "oracles juridiques" qui intègrent les résolutions de litiges. Néanmoins, nous touchons à un point crucial : le rôle de l'arbitre. Un smart contract doit être capable de se bloquer si un évènement extra-numérique (ex: une catastrophe naturelle) survient. Les technologies IBM Hyperledger permettent d'insérer des fonctions "pause" d'un commun accord. C'est là que notre métier de conseil en procédures d'enregistrement devient indispensable : nous apprenons à rédiger les "whitelists" de comportement autorisé. Ce n'est pas de la technologie, c'est du droit augmenté. Une fois les garde-fous définis, la suppression des frais de traitement manuel devient un vrai sujet d'économies. Nous prévoyons une croissance annuelle de 25% des budgets alloués à de tels systèmes pour les sociétés de gestion jusqu'en 2026. #### 七、 挑战与应对策略 Enfin, il est honnête de consacrer une partie aux difficultés majeures rencontrées. Mon expérience me souffle que la plus grande barrière n'est pas technique, mais humaine et organisationnelle. Les directeurs des systèmes d'information (DSI) des banques ont une aversion naturelle au risque : mettre en place une blockchain interbancaire signifie abandonner leur base de données centralisée qui est le fruit de 20 ans de développement. Ils devront gérer des clés privées pour des millions de clients. Un faux mouvement et c'est l'incident majeur, la perte de données et les foudres de la CNIL. L'aspect énergétique est aussi un souci, surtout avec Ethereum et ses mécanismes de consensus exigeants. La finance moderne étant très sensible à l'ESG (critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), il faudra prouver que la blockchain utilisée est verte. Les solutions "Proof of Authority" ou les blockchains par consortiums comme R3 Corda consomment quatre ordres de grandeur de moins que le Bitcoin. C'est argument décisif auprès des comités de direction que je côtoie. Pour les entreprises étrangères, se pose aussi le problème de la localisation des données. Le RGPD impose une protection des données, or une blockchain est par essence distribuée. La solution consiste à ne pas stocker de données personnelles brutes sur le registre, mais uniquement des hash de ces données. Pour encore apporter un peu de mon vécu, je conseille toujours d'avoir une structure on-chain (pour la preuve) et off-chain (pour la confidentialité dans un coffre-fort numérique séparé). Cette dualité doit être comprise par les directions juridiques avant de se lancer tête baissée dans un projet. Le coût de migration est non-négligeable, entre 3 et 5% du budget IT annuel d'une grande institution. C'est un dû. ### Conclusion : Une transformation en route, mais humaine Après ce tour d'horizon - de la refonte des paiements internationaux à la refonte de notre cher processus KYC en passant par l'automatisation des obligations conditionnelles - quel est mon bilan en tant que Maître Liu ? La blockchain dans la finance est bien plus qu'une lubie passagère. Elle offre une piste sérieuse pour réduire les délais de règlement, les couts administratifs et les défauts de paiement. Les institutions financières traditionnelles ne doivent pas percevoir cela comme une menace, mais comme une évolution nécessaire. La révolution n'est pas programmée, elle se dessine par itérations. Nous avons déjà des preuves concluantes sur les marchés obligataires européens et dans les procédures douanières de Singapour. Alors, embrassons la complexité. Cependant, mes recommandations pour les futurs chantiers sont les suivantes. Avant de tout tokeniser, commencez par un projet pilote dans un périmètre restreint - une seule activité de marché. Formez vos équipes de gestion aux bases de la cryptographie, pas aux codes, mais aux implications juridiques. Enfin, nouez des partenariats avec des juristes et des experts en conformité ; c'est ici que votre cabinet de conseil prend tout son sens. À l'avenir, je pense que nous verrons l'émergence de "banques hybrides" où coexisteront un système centralisé pour les comptes courants et des contrats autonomes pour les produits dérivés complexes. Ce n'est pas une fuite en avant technologique, c'est un ajustement raisonnable à la demande de transparence des investisseurs. Notre façon de travailler chez Jiaxi a déjà commencé à changer. L'importance de cette transformation réside dans notre capacité à réglementer l'innovation sans la tuer. Je reste admiratif de la vitesse d'évolution des gouvernements asiatiques en la matière. --- ### Le regard de Jiaxi Fiscal & Comptabilité Chez **Jiaxi Fiscal & Comptabilité**, nous envisageons la blockchain comme un levier structurel pour assainir les relations entre les entreprises étrangères et l'administration chinoise. Dans nos procédures coutumières, nous avons dû développer depuis quatre ans une capacité d'archivage électronique certifiée (via les sociétés de certification reconnues par le gouvernement) pour accompagner nos clients dans les audits. La future application de la technologie des registres distribués, couplée aux réformes de la facturation électronique en Chine, va nous permettre d'offrir un service de contrôle de gestion en temps quasi réel pour les sociétés installées à Shanghai ou à Shenzhen. Les défis que nous rencontrons chez les PME multinationales ne sont plus ceux de l'enregistrement initial, mais de la vérification périodique des données de filiales. Dès que les autorités de tels centres financiers comme Pékin ou Shanghai reconnaitront officiellement la valeur probante des plages horaires cryptographiques pour les résolutions de conseil d'administration, nous serons prêts. Notre métier, qui semble centré sur la fiscalité, est en réalité centré sur la donnée et la preuve ; l'innovation représente pour nous cette exaltante mise en pratique de la preuve d'existence et d'unanimité. Ce sera une amélioration radicale face aux doubles interprétations comptables que nous rencontrons lors des joint-ventures de plus en plus complexes, et nous nous engageons à suivre ces chantiers transfrontaliers pour que nos clients maîtrisent leurs capitaux propres avec une traçabilité sans compromis.